LA VIE DE PRIÈRE ET LA VIE SACRAMENTELLE - Fin

LA VIE DE PRIÈRE ET LA VIE SACRAMENTELLE - Fin

Les sacrements quotidiens

Pour les sacrements qui sont notre pain quotidien, surtout l’eucharistie, l’oraison normalement les accompagne, les précède et les prolonge.

Le communiant est nourri de Dieu ; il entre dans l’intimité de la famille divine des trois Personnes ; il est invité à leur table, pour y apprendre le merveilleux mystère de l’amitié, et son oraison s’ouvre à cette communication, à cet échange ineffable de vie et d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit, que les théologiens appellent la circumincession. Fils adoptif, uni au Fils premier-né, en lui, par lui, avec lui, il devient co-spirateur de l’Esprit. Une œuvre aussi divine, on ne peut s’y associer que dans le silence, ce « silence paisible qui enveloppait toute chose » (Sagesse, XVIII, 14), ce silence qu’a d’abord pratiqué le Verbe de Dieu fait chair, lorsqu’il est devenu petit enfant, l’infans des romains, c’est-à-dire celui qui ne peut pas parler.

Alors l’Esprit lui-même, l’Esprit du fils, crie en lui : Père ! (Galates, IV, 6). Et, peu à peu, ce mot unique assume toute sa prière et la résume dans un silence. Ainsi, chez celui qui communie fréquemment, toute oraison dérive de l’eucharistie, et non seulement l’action de grâces qui prolonge immédiatement la réception du sacrement. Si l’oraison cherche l’union à Dieu, cette union ne peut se faire que dans le Christ et par le Christ, et à partir de cette union « physique » que réalise la communion ; toute oraison pour être vraiment chrétienne doit tendre à celle d’une âme qui fait en soi-même toute la place à cette présence du Christ qui la divinise silencieusement dans le pain quotidien. Seul celui qui se nourrit de ce silence finit par savoir à quelles profondeurs on peut écouter.

Quand nous recevons l’absolution, nous sommes pardonnés et nous sommes guéris. Pardonnés : nous recouvrons par la grâce du sacrement l’amitié divine avec toutes ses délicatesses et ses exigences ; mais pour être capable de percevoir en vérité ces exigences, il nous faut dans une longue oraison nous livrer à la transparence du silence en exposant notre âme à la lumière sans défaut qui seule peut traverser l’épaisseur de la vanité et de notre bonne conscience.

Nous sommes non seulement pardonnés, mais aussi guéris : « une force sortait de lui qui les guérissait tous » (Luc, VI, 19). Cette force est la même pour nous, maintenant : l’oraison du pécheur, l’oraison du pénitent, cela peut n’être rien d’autre qu’offrir à la puissance miséricordieuse du Christ cette pauvre âme blessée, meurtrie, qui traîne ses séquelles de péché et sa fragilité, ses tentations et ses douleurs, ses maladies et ses défauts ; l’exposer patiemment, longuement, avec une foi têtue et inébranlable à cet influx de guérison qui émane de la Personne divine.

Et pour obtenir d’être de plus en plus fidèle à cette grâce sacramentelle, il est indispensable de maintenir dans une présence intime, orante, le contact avec la puissance de guérison et de rénovation du Christ vivant en nous par sa grâce. C’est le moyen de corriger notre pauvre nature, toujours prompte à prendre de fermes résolutions de ne plus pécher… et qui retombe tout à l’heure ! Dans l’oraison quotidienne, dans ces instants de recueillement fréquents, intenses, surtout aux moments des occasions difficiles, il faut raviver ce contact, reprendre force auprès de Jésus, le Dieu fort ; dans le cœur à cœur, renouveler cette conscience des exigences divines de Celui qui nous a dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu, V, 48) et : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande » (Jean, XV, 14).


Ainsi ces sacrements, en leur mystère, nous communiquent, chacun à sa façon, la vie et la sainteté du Christ. Toute la sainteté du chrétien n’est qu’une participation à la sainteté du Christ, toute sa prière ne peut donc émaner que de cette vie du Christ en lui : son oraison découle ainsi des sacrements ; tous les fruits que le fidèle peut porter, en viennent aussi.

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